[REVIEW] Kelly McCann - "Combatives for street survival"

Hardcore contermeasures for high-risk situations.

Dans le monde de la R.B.S.D.(*) , il y a quelques personnalités incontournables et Kelly McCann alias Jim Grover en fait certainement partie.

Ex US-Marines, habitué des black-ops aux quatre coins de la planète, Kelly est un des rares instructeurs à cumuler une expérience opérationnelle pléthorique et un don reconnu pour l’instruction qui l’ont amené à travailler pour certaines des unités policières et militaires les plus prestigieuses du monde, ainsi que pour bon nombre de firmes privées, actives dans le secteur.

En plus de ses prestations destinées aux professionnels, Kelly est également l’auteur de nombreux livres et DVD’s axés d’avantage sur le monde civil.

A titre personnel, dans les centaines de DVD’s que j’ai vu au cours des 15 dernières années, je considère toujours la série « Jim Grover’s Combatives » et « Situational Self-Offense » comme étant dans le top 3 des meilleurs DVD’s de self jamais produits.

Depuis peu, McCann à également développé via sa société « Crucible » un curriculum d’entrainement destiné spécifiquement aux civils.

Plus d’infos à ce sujet sont disponibles sur son nouveau site : www.kellymccanncombatives.com dont je ne saurais trop vous conseiller la lecture.

Il va sans dire que j’étais à l’affut de ses prochaines productions, d’autant plus après la sortie de son DVD « Knife Combatives » qui, pour différentes raisons, m’avait laissé sur un sentiment mitigé…

La sortie de son dernier livre était donc l’occasion de repartir du bon pied avec un Kelly McCann plus en forme que jamais.

Retour aux racines

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre…

Bien avant que la self-défense ne devienne « hype », bien avant que Jennifer Lopez ne botte le cul de son ex-mari grâce à 3 cours de Krav-Maga et bien avant que l’idéologie « self-défense pour tous : battez n’importe quel agresseur sans effort ni entrainement et tout ça dans le plus strict respect de son intégrité physique »  ne devienne la norme…

Ce temps béni où on vous regardait comme un extra-terrestre quand vous osiez émettre l’hypothèse que, peut-être, les arts martiaux traditionnels n’étaient pas optimums pour se préparer à un affrontement « de rue »… quand JCVD et Steven Seagal étaient les mètres étalons de la baston et que tout le monde s’entrainait à mettre des « roundhouse kick » à la Chuck Norris…

En ces temps reculés, il était rare de trouver un véritable cours de self-défense (personne ne connaissait le terme « Combatives » à l’époque)… Il fallait chercher dur, montrer patte blanche pour être admis (souvent sous le parrainage d’un membre établi) et une fois dans la place il fallait s’entrainer encore plus dur, serrer les dents et se montrer aussi fort et résistant mentalement que physiquement.

C’était le temps des caves, des garages et des petites salles discrètes qui sentaient la sueur et l’Hirrudoid….

C’était le temps où personne n’aurait même pensé à se plaindre pour un bleu, un doigt foulé et ou un œil au beurre noir, mais où, dans le même temps, tout le monde prenait soin de ses partenaires… c’était le temps ou l’on se forgeait de solides amitiés « on the mat », dans le sang, la sueur et les éclats de rire… le temps ou l’on était fier d’être « à part » quand les autres pratiquants vous considéraient, au mieux, comme une brute sanguinaire, au pire comme une insulte vivante à « l’esprit des arts martiaux »...

La préface de « Combatives for street survival » vaut  à elle seule l’achat du livre et le temps d’apprendre un peu l’argot US…

Dans ces premiers paragraphes, McCann fait preuve de ce que j’appellerais une “brutale honnêteté » en expliquant sa vision de ce que devrait être l’entrainement aux Combatives.

A une époque ou la self-défense est en train de devenir un marché aux techniques-miracles-qui-marchent-toutes-seules, le discours de Kelly McCann est, de façon paradoxale, plutôt rafraichissant…

Les principes avant la technique.

Quand on lit un livre, on passe souvent à côté de détails importants car on se focalise sur les mots et pas sur le livre dans sa globalité.

« Combative for street survival » à une structure différente des autres bouquins traitant de la protection personnelle appliquée aux civils.

Au lieu de commencer par un répertoire de techniques sensées mettre minable votre agresseur, McCann plante d’abord le contexte : pourquoi, comment et dans quel état d’esprit on s’entraîne.

Les chapitres suivants sont consacrés à l’analyse et la compréhension des principes qui sous-tendent le système « Combatives ».

L’air de rien, cette disposition, qui ne doit certainement rien au hasard, est très révélatrice…

Les fondements de toute méthode rationnelle basée sur la survie à une attaque « de rue » sont contenus dans les principes énumérés par McCann.

Evidemment, on pourrait en supprimer certains et en rajouter d’autres, selon sa propre sensibilité, mais l’essentiel s’y trouve…ce qui est déjà bien supérieur à que ce que proposent la majorité des autres livres traitant de ce sujet.

C’est seulement une fois que ces principes sont martelés que l’on arrive aux techniques proprement dites.

De ce côté, les habitués qui suivent le parcours de Kelly ne seront pas surpris.

McCann se limite à un classicisme de bon gout, les principales frappes (ax-hand, face-smash, chin-jab, etc…) sont passées en revue de façon claire et bien illustrée… rien à redire sur le sujet.

Pas de techniques secrètes ou de méthode flashy, juste du bon, du pragmatique et du lourd, exploitable rapidement et sans fioritures inutiles.

Là encore, rien qui surprendra les habitués du « style » McCann.

Scénario training

La progression du livre est on ne peut plus logique : d’abord les principes, ensuite les techniques et enfin la mise en pratique du tout.

Et le meilleur moyen de mixer les techniques et les principes qui les sous-tendent est incontestablement le travail « en scénario ».

Ce type d’exercice apporte des nombreux avantages par rapport à une pratique « traditionnelle », le plus notable étant de donner un contexte à l’utilisation des principes et des techniques.
On retire ainsi une part du caractère artificiel et « abstrait » de l’entrainement à la protection perso, en travaillant sur des situations plus ou moins courantes et en gérant aussi bien le côté physique de l’agression que le côté plus psychologique (réaction au stress, aux insultes et provocations, développement des notions d’évitement et de désescalade verbale, …).

Attention cependant, ce type de travail, si il est à mon sens indispensable à un entrainement sérieux à la protection perso, doit être mis en place par des instructeurs qui connaissent réellement leur boulot ainsi que leurs élèves et doit se faire avec un encadrement très strict, de façon à garantir aussi bien la sécurité physique que psychologique des élèves…

Dans les derniers chapitres du livre, McCann développe et analyse plusieurs scénarios, des plus « classiques », aux plus étonnants, en donnant à chaque fois : une description de la situation, un aperçu des indices qui précèdent l’incident, les avantages disponibles et un résumé de son action.

Ces différents scénarios donnent une très bonne base de travail et ne demandent qu’à être personnalisés selon des critères qui seront propres à chaque lecteur.

Au final

« Combatives for street survival » est, et de loin, un des meilleurs livres sur la protection perso que j’ai eu le plaisir de lire.

McCann est arrivé à trouver une approche à la fois logique et attrayante (l’artwork du livre est remarquable, d’ailleurs) tout en évitant les écueils classiques consistant à tomber dans le catalogue de techniques  où, à l’inverse, à se cantonner dans une explication « psychologisante » de la violence, qui en définitive apporte peu en situation.

Le ton employé dans le livre mérite aussi qu’on s’y arrête… un mélange subtil entre explications rationnelles, franc-parler et un humour toujours présent qui permet souvent de faire passer la violence inhérente au propos…

Car contrairement à une tendance lourde pour le moment, McCann ne cherche pas à faire croire que la self c’est « facile et sans douleur »… au contraire, il insiste bien sur le fait que c’est une démarche ardue, aussi exigeante d’un point de vue physique que psychologique et qui demande un véritable investissement personnel… sans pour autant amener aucune garantie de succès.

Ce n’est certainement pas ce que le grand public à envie d’entendre, mais McCann fait partie de cette « race » d’instructeurs qui sont conscients des implications que leur enseignement pourraient avoir sur la vie de leurs élèves… et à ce titre il fait preuve d’une honnêteté trop rare pour ne pas être soulignée.

 

Peace,

 

Rico

 

 

 

(*) Reality Based Self-Defense: terme générique désignant les disciplines de self-défense "modernes"


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