Kelly McCann

Hardcore interview for High-calss Instructor

On se fait des idées préconçues sur tout…

 

Prenez par exemple les fameuses « stars américaines », on se les imagine forcément capricieuses, hautaines, entourées d’un barrage infranchissable d’avocats, de conseillers et d’assistants en tous genres. On s’imagine qu’obtenir la moindre parole de l’une d’entre elles, d’autant plus quand c’est pour un petit site quasi-confidentiel (de moins en moins chaque jour grâce à vous, soyez en remerciés chers lecteurs) ferait passer les douze travaux d’Hercule pour une promenade au bois.

 

Si c’est probablement vrai pour le cinéma ou la musique, heureusement, dans le domaine de l’instruction au combat, on trouve encore parfois des personnes dont l’égo est inversement proportionnel à la renommée.

La Rock Star sur la photo est plus connu pour ses talents, très particuliers, avec un autre genre de « percussions ». Kelly McCann fait partie de cette sorte d’hommes qui ont su rester humbles dans le succès…Travailler avec lui sur cette interview a été un véritable plaisir, pour moi comme pour mon ami Serge « TheBCollector », qui a apporté au débat sa connaissance approfondie des Combatives et de l’argot US. Kelly n’a esquivé aucune de nos questions, même les plus directes, et nous a toujours répondu avec la franchise et l’absence totale de notion du « politiquement correct » qui le caractérise.

 

Voici donc, en exclusivité pour acdsbelgium.org, l’interview sans concessions de l’indéniable « star américaine » de la self protection : Mr. Kelly McCann.

 

 

Rico : Salut Kelly. Tout d’abord, je voudrais te remercier, pour ta gentillesse et ta disponibilité mais aussi t‘exprimer ma gratitude au nom de nos lecteurs.

 

Kelly McCann : Avec plaisir, Rico. C’est gentil à toi de me poser ces quelques questions.

 

R : Commençons par le commencement, quel genre d’enfant étais-tu ?

KMC : Ha, en effet, c’est vraiment le commencement… J’étais ce qu’on appelait à l’époque (dans les années 60) un enfant « hyperactif ». De nos jours on parle plutôt de syndrome de déficit d’attention. Personnellement, j’ai plutôt trouvé ça profitable, j’ai la capacité de pourvoir me « sur-concentrer » et il en découle une certaine intensité, du moins tant que je peux la contrôler. Dans mon cas, ce syndrome est associée avec une personnalité de type « T » pour « Thrill Seeking » (1) ce qui explique pas mal de choses. J’étais un gosse heureux dans une famille aimante, je me suis mis très souvent dans les ennuis et j’ai toujours été attiré par les extrêmes.

 

R : Je pense qu’à l’époque tes sports favoris étaient le rugby et surtout le moto-cross. Comment es-tu arrivé aux arts martiaux ?

 

KMC : Oui, toutes les formes de moto en hors-piste : surtout du trial, ensuite de l’enduro et du cross-country, aussi un peu de circuit et de courses sur glace. J’ai joué au rugby pendant 12 ans entre le collège et mon service chez les Marines. J’ai été attiré par les arts martiaux à cause de l’intensité des contacts et de leur utilité. Je ne m’adapte pas bien aux formalités, alors je me suis entraîné et je me suis battu avec tous ceux qui acceptaient de me prendre, ce qui m’a donné une exposition plutôt riche à différentes formes de combat.

 

R : J’ai lu dans un article que ton Papa était lui-même instructeur de close-combat. En y repensant à présent, penses-tu que cela ait eu une influence sur ta carrière ?

 

KMC : Mon père est mon meilleur ami. Il a toujours été là pour moi et c’est un mec dur aussi bien physiquement que mentalement, chose que j’ai toujours admirée. Il n’avait strictement rien à faire de ce que je faisais pour autant que je le fasse bien. Après son service, il est devenu ingénieur. Il ne m’a jamais poussé dans aucune direction, mais il a toujours été là pour m’encourager dans mes choix.

 

R : Il semble que tu ais décidé assez rapidement de faire une carrière militaire. En tant que pratiquant et en tant qu’instructeur que t’a apporté ton passage à l’US Marine Corps ?

 

KMC : Dès l’adolescence, j’ai compris que je ferai carrière soit dans la police soit dans l’armée. Je me suis dirigé vers les Marines à cause de leur réputation et de leur héritage unique, et donc, dès que j’ai eu l’âge, je me suis enrôlé pour voir si je pouvais me mesurer à eux.

Il y a trop de qualités admirables chez les Marines pour les citer toutes, mais je dirais que les principales sont l’intégrité, la confiance, l’endurance et le courage… et cet état d’esprit partagé par tous les Marines qui en font « les meilleurs des amis et les pires des ennemis ».

Kelly, jeune Marine, juste après une opération.

R : Au début des années 90, tu quittes les Marines et crée « Personnal Defense Measures » qui deviendra plus tard « Crucible ». Quelles sont les principales raisons qui t’ont fait choisir le secteur privé au lieu du secteur public ?

 

KMC : Ma carrière militaire en tant que telle est une anomalie. J’ai eu l’énorme chance de faire des choses que les autres officiers ne font normalement jamais. En tant qu’officier aux Missions Spéciales, j’ai conduit personnellement l’instruction aux opérations spéciales plutôt que de simplement le superviser. C’est ce que j’aime faire et c’est ce que je fais le mieux. Malheureusement, dans l’armée vous vous retrouvez presqu’inévitablement en dehors de ce que vous aimez faire. En tant que Major, ma plus grande peur était de me faire assigner à une place administrative, je serais devenu dingue dans ce genre d’environnement hyper-structuré. C’est pourquoi je me suis décidé à poursuivre le travail que je trouvais personnellement le plus enrichissant.

 

R : Je parie qu’à l’heure actuelle, beaucoup de gens te parlent encore de ta série de DVD’s « INSIDE THE CRUCIBLE » parue chez Paladin Press. Ce sont ces DVD’s, ainsi que ta colonne régulière dans le magazine « Guns & Ammo » qui t’ont fait connaitre du grand public et ils ont profondément influencé toute une génération de pratiquants (dont je fais partie).

Comment ces DVD’s ont-ils impacté la suite de ta carrière ? Qu’est-ce que ça t’as amené ? Une certaine sécurité financière, de nouvelles opportunités professionnelles ou personnelles ? L’attention du secteur de la sécurité privée et publique ?

 

KMC : Je pense que ce sont surtout les colonnes « Personnal Security » dans « Guns & Ammo » ainsi que les séries de VHS « Defensive Pistol » et «  Combatives 1, 2 & 3 » qui ont commencé à attirer l’attention du public. J’ai réalisé « INSIDE THE CRUCIBLE » plus tard. Bien sur, ces produits (de même que les livres, etc… ) ont contribué à me créer une « image » particulière et une certaine reconnaissance auprès de clients potentiels.

 

R : Il y a bien sur la notoriété, mais il y a aussi les royalties…

 

KMC : Les royalties constituent une jolie rente annuelle, mais ne représentent qu’une infime portion du prix de vente. Il ne faut pas oublier que les couts de production sont endossés par l’éditeur. Il y a bien entendu un investissement conséquent de l’auteur en termes de temps de rédaction (beaucoup plus dans l’écriture d’un livre que dans la réalisation d’un DVD, d’ailleurs), mais c’est l’éditeur qui va devoir créer le produit fini, l’emballer, en faire la publicité et enfin le distribuer. La part du lion leur revient donc naturellement.

 

Tout qui s’intéresse à la création de livres ou de DVD’s d’instruction devrait comprendre qu’il y a déjà bien d’autres auteurs sur le marché. Pour un auteur (dans ce genre particulier), le véritable intérêt est avant tout de pouvoir partager ce en quoi il croit, avec l’audience la plus vaste possible.

 

Malheureusement, trop d’instructeurs ne publient aucun document (livre ou DVD) par simple crainte de la critique ou, à l’inverse, parce qu’ils veulent plaire à tout le monde – ce qui est tout à fait impossible. Au fil des années, j’ai compris que si quelqu’un est universellement apprécié et n’a aucun détracteur, c’est généralement parce qu’il ne prend aucune position sur rien. Il y a toujours des opinions qui diffèrent.

 

R : Tu es probablement un des instructeurs les plus demandés au monde et tu pourrais très facilement rester dans le domaine professionnel. Pour quelles raisons as-tu décidé d’ouvrir ton instruction aux civils ?

 

KMC : Je n’en ai pas encore à proprement parler. J’ai fait un pari avec moi-même : si je reçois 1000 demandes « sérieuses » via mon website www.kellymccanncombatives.com je continuerai à travailler sur ce concept d’instruction aux civils. Je dois admettre que même en retirant toutes les personnes qui veulent juste me dire bonjour ou me donner leur avis sur un livre ou un DVD, on est plus très loin du nombre. Si cela devait se faire, j’ai quelques idées concernant une compagnie « sœur » de « Crucible » qui serait dédiée à l‘instruction civile.

 

R : Et qu’adviendra-t-il de « Crucible » en tant que telle ?

 

KMC : « Crucible » ne deviendra pas accessible aux civils parce que nous entrainons exclusivement du personnel gouvernemental ou militaire. « Crucible » est une entreprise de taille moyenne avec pas mal de contraintes (logistique, etc…). Dans ce genre de métier, le fournisseur et le consommateur doivent TOUS LES DEUX être fiables. Quand nous obtenons un contrat, l’entrainement aura EFFECTIVEMENT lieu et le nombre d’élèves prévu sera EFFECTIVEMENT présent le jour de l’entrainement.

 

R : Ce qui n’est pas toujours le cas dans le cadre de l’instruction aux civils …

 

KMC : Le marché civil diffère de manière significative. Il y a toujours des gens qui annulent à la dernière minute. J’en ai discuté pas mal avec des collègues instructeurs qui organisent des séminaires pour civils et ils se retrouvent parfois quasi seuls, sans même pouvoir couvrir leurs frais. Ce n’est pas une façon de gagner sa vie et ce n’est pas un hobby très amusant non plus.

 

Les gens qui me connaissent savent que je suis plutôt du genre « intense » quand il s’agit d’entrainement. Je ne fais rien à moitié. Ca ne se passerait pas bien avec des touristes de la self-défense ou avec des gens qui ne sont pas prêts à s’entrainer aussi durement que je pense qu’il soit nécessaire de le faire.

 

J’apprécie le fait que des gens veuillent s’entrainer avec moi et je ne veux pas décevoir les pratiquants sérieux. Je n’ai pas encore trouvé la solution idéale. Peut-être passe-t-elle par des séminaires mensuels…

Je te le dis, dès que j’aurai 1000 demandes « sérieuses », mon site va changer radicalement et devenir très actif.

 

R : Tu peux déjà considérer que tu as une demande supplémentaire de ma part…

Serge : Est-ce que ta récente collaboration avec le célèbre magazine « Black Belt » constitue un pas de plus dans cette direction ?

 

KMC : Les collaborateurs de « Black Belt » sont des gens géniaux. On vient juste de mettre sur le marché le DVD destiné à accompagner le livre « Combatives for street survival » (qui à été tourné il y a environ un an) et je pense que tous ceux qui le verront seront très satisfaits de la qualité du contenu et de la production. Je voulais qu’il soit différent de la série « Combatives 1,2 & 3 », afin que le public n’ait pas l’impression que nous avions réalisé une simple « réédition » et je pense que nous y sommes arrivés.


Le premier tirage du bouquin à été épuisé en 5 mois et on vient de sortir la deuxième édition ! Pendant tout le processus, le rédacteur en chef de « Black Belt », Bob Young, et moi-même avons développé une solide amitié. Bob est un type réfléchi et très intelligent qui à pratiqué les arts martiaux et l’escalade durant toute sa vie. Lui et moi avons commencé la rédaction d’une série d’articles qui ont fini par former la rubrique « Mil-Spec ». C’est amusant et ça colle bien avec le format du magazine. Quand je n’aurai plus rien de nouveau à écrire, on fermera la rubrique, tout simplement.


S : Est-ce que tu maintiens quand même ta collaboration avec Paladin Press ?

 

KMC : En ce qui concerne Paladin, je viens de terminer le tournage d’un DVD avec eux le week-end dernier… Du matériel que je n’avais encore jamais documenté ni via l’écrit, ni via la vidéo. On s’est vraiment éclatés à tourner ce DVD, j’espère que le public appréciera. J’ai toujours trouvé que Paladin était une société très professionnelle et très accommodante. Pendant plus de 15 ans, nous avons grandis et évolués ensemble, je ne vois aucune raison de changer quoique ce soit notre relation.

 

R : Selon toi, quelles sont les principales différences entre l’instruction destinée aux pros et celle destinée aux civils ?

 

KMC : La fiabilité, comme je le disais plus haut.

 

La responsabilité aussi, quand un professionnel vient s’entrainer dans le but d’obtenir des compétences qui seront nécessaires à l’accomplissement de sa mission, il s’entrainera aussi dur et aussi longtemps qu’il le faudra. Si il se blesse, soit il continuera à s’entraîner de la même façon, soit il abandonnera et il reviendra une fois qu’il sera en état. Dans le domaine civil, on ne peut pas s’attendre au même état d’esprit. Tu peux te retrouver face à un niveau d’engagement lamentable et si quelqu’un se blesse, tu peux te retrouver face à un procès.

 

Ensuite, il y a le niveau de condition physique. Les gars dans les unités spécialisées sont soumis à des standards physiques et DOIVENT s’y conformer. Ils arrivent en bonne forme physique, conditionnés mentalement et prêt à se cogner. Avec les civils, il n’y a aucun moyen de savoir de quoi ils sont faits, ni même de savoir si ils ont les pré requis physiques nécessaires, avant de les voir.

 

Le sérieux. Si un type sait que deux semaines après son entraînement, il risque de rencontrer des circonstances ou sa vie sera mise en jeu quelque part dans le monde, il va s’entrainer à fond et ne voudra pas perdre son temps. Pendant certains séminaires civils, tu dois gérer des gens qui viennent pour le côté récréatif. Leur « entrainement » à une vocation essentiellement sociale. Ils aiment discuter des autres séminaires auxquels ils ont participé, des autres styles ou techniques qu’ils ont appris. Ce qui est cool, pour autant que cela ne se fasse pas aux dépends d’un autre élève qui a payé sa place pour apprendre ce qu’on lui enseigne, et qui n’a strictement rien à foutre d’autre chose sur le moment.

 

Je suppose que ce sont là certaines des différences.

 

R : J’ai vraiment adoré les premiers chapitres de « Combatives for Street Survival » où tu expliques les premiers cours civils que tu as donnés. Je parie que ça aura rappelé pas mal de bons souvenirs à certains de nos lecteurs…

 

Avec le recul, penses-tu que ce genre d’entrainement puisse convenir à tout un chacun ? Penses-tu que tout le monde soit capable (et aie l’envie) de payer le prix physique, psychologique et émotionnel d’un tel entrainement ? Dans le cas contraire, penses-tu qu’il soit néanmoins possible de fournir au grand public un véritable programme de self-défense, ou est-ce là une tâche impossible ?

 

KMC : Eh Bien, il faut se souvenir que ce dont je parle dans le livre était plutôt un « club privé ». Du temps de la caserne de pompiers, il fallait qu’un membre existant vous parraine pour pouvoir accéder à la salle d’entrainement, donc « qui se ressemble, s’assemble… », comme on dit.

On a aussi eu pas mal de gens au fil des années, qui sont venus une fois ou deux, mais après avoir été un peu malmenés ne sont jamais revenus.

 

R : Pour autant que je sache, d’après mon expérience personnelle, il s’agit d’une constante dans ce genre de groupe d’entrainement…

 

KMC : Comme je le disais dans le livre, selon moi les « vrais » combatives devraient rester « confidentielles ». Je pense qu’il n’y a qu’un pourcentage relativement faible de la population qui aime vraiment se mettre sur la tronche et qui comprenne la nécessité de s’entrainer aussi dur. Quand je dirigeais les IPMC (Individual Protective Measure Course – Civilian, ce qui a servi de base à la série « Inside The Crucible ») j’avais mis en place des mesures de sécurité assez strictes vis à vis des personnes qui étaient admises aux cours (limites d’âge, certificat d’aptitude médical et psychologique, lettre de recommandation de la police locale, …). Tu n’imagines pas toutes les emmerdes auxquelles j’ai du faire face à cause de ça… Et pourtant quelle alternative avais-je ? Accepter d’entrainer un criminel ? Un taré ? Ou encore quelqu’un qui n’est plus qu’à une pâtisserie de l’accident cardiaque ? Quelqu’un qui n’est pas assez mature pour comprendre les combatives, qui va s’embrouiller avec une bande de tocards dans une soirée et qui va les blesser gravement ?

 

Allez, soyons sérieux, je ne peux pas faire ça… et, surtout, je ne veux pas faire ça.

 

Je pense cependant qu’il existe un curriculum standard qui pourrait être enseigné aux civils, de façon moins intense, mais qui pourrait quand même améliorer leur sécurité personnelle. La majeure partie du contenu devrait être focalisée sur le fait de développer leur état d’esprit, leurs facultés à détecter les prémices d’un incident ainsi que sur le développement de l’attention contextuelle.

 

R : Je suis, évidemment, d’accord avec toi. Mais la réponse physique, le combat en tant que tel, devrait aussi être envisagé.

 

KMC : Un des problèmes auxquels je me suis confronté en essayant d’apprendre à combattre à des individus lambdas, c’est que le fait que je crois profondément qu’il faut vraiment combattre à l’entrainement pour s’améliorer dans ce domaine. Cela ne semble pas évident pour tout le monde ? Après tout, on n’apprend pas à piloter un avion en lisant un livre ou en regardant les autres voler, à un moment donné, il faudra bien que tu fasses voler ce putain d’avion. Apprendre à combattre, ce n’est pas différent, et pourtant beaucoup de gens ont du mal avec ça.

 

 

Repos après l'entrainement avec un groupe d' "Escultas" à Bogota

R : Tu as travaillé et enseigné dans une multitude de pays, selon toi, y a-t-il des différences notables dans la façon dont les gens envisagent la violence et dans leur façon d’y apporter des réponses ?

 

KMC :Les comportements de prédation sont toujours les mêmes peu importe le pays ou la culture. Les instruments peuvent varier (culture relative aux armes blanches, type d’armes particuliers, prédominance des armes à feu…) mais ce que les criminels remarquent d’abord chez leurs victimes potentielles, la façon dont ils les sélectionnent et les actions physiques qu’ils prennent pour initier leurs attaques sont toujours les mêmes.

 

La meilleure technique de self-défense n’est pas physique, loin s’en faut. Une excellente attention contextuelle et une sensibilité aigue aux détails qui annoncent un incident sont les clés permettant d’éviter un conflit. En deuxième position, vient selon moi le fait de se débarrasser de cette espèce d’obligation morale consistant a être certain que quelque chose va arriver, avant de faire quelque chose pour éviter que la situation ne devienne potentiellement dangereuse.

 

R : Je suis entièrement d’accord avec toi mais comment ce concept peut-il se conformer aux lois régissant la légitime défense ?

 

KMC : D’après mon expérience, si tu agis de façon juste et justifiée, à moins de te trouver dans un pays complètement corrompu (et ce genre d’endroits existe), les actions que tu prendras en légitime défense seront facilement identifiables en tant que telles et il est peu probable que tu aies des ennuis avec la police locale. Le corolaire, c’est qu’il est obligatoire de se conformer aux lois du pays où l’on se trouve.

 

S’il est illégal de porter un couteau – N’EN PORTE PAS, parce que si tu l’utilises, tu devras expliquer pour quelle raison tu l’avais sur toi. Porte quelque chose d’autre qui, au pire, pourra être considéré comme une arme « par destination ». Par exemple, une bonne lampe torche est facile à porter mais a un poids, une longueur et une résistance suffisante pour être utilisée comme un bâton court, un Yawarra ou un Koppo-Stick. Avec un peu de réflexion, il est toujours possible de trouver quelque chose que tu pourras porter légalement et qui, même si il ne s’agit d’une « véritable » arme, pourra faire le boulot de la même façon.

 

Et suis les conseils de ta mère – « Reste en dehors des problèmes ! ».

 

R : Tu es plutôt rare en Europe, c’est par choix ou par manque d’opportunités ? Y a-t-il une chance pour qu’on puisse assister à un de tes cours sans devoir prendre l’avion pour les USA ?

 

KMC :Je ne voudrais pas te décevoir, mais je n’en ai aucune idée. D’ailleurs, je suis déjà venu à Bruxelles où je me suis fait tatouer une flamme sur le bras gauche par un ancien de la Légion Etrangère, avant d’aller boire quelques Stellas bien fraîches… mais c’est une toute autre histoire…

 

Serge : Et la question qui suit la précédente : Est-ce que les cours « live » avec Kelly McCann resteront un privilège pour américains ? Ou est-ce que les européens peuvent sérieusement penser en bénéficier un jour ?

 

KMC : Je l’espère en tout cas ! Mon but n’a jamais été d’exclure qui que ce soit, c’est juste que je me suis surtout concentré sur le public professionnel ici aux Etats-Unis. Il y a partout des gens biens qui ont besoin d’apprendre à se défendre dans un monde de plus en plus violent.

 

R : Toi qui est dans le métier depuis des années, quel regard portes-tu sur le « marché » actuel de la self-défense ?

 

KMC : WOW! Ca c’est une question piège ! LOL !

 

Je pense que les personnes qui cherchent à pratiquer la self-défense devraient être informées de façon à faire les bon choix. Mais la vérité, c’est que même un profane, quand il se retrouve face à un mec obèse, qui bouge comme une tortue et qui est visiblement incapable de s’occuper de son cas, devrait   arriver de lui-même à la conclusion qui s’impose.

 

Parfois l’inverse est également vrai, et un mec qui a effectivement des informations valables à partager passe pour un abruti prétentieux parce que les mecs du marketing mettent des promesses ridicules dans la publicité et sur l’emballage de son produit. CROIS MOI, je suis dégouté quand ces rois du marketing font ce genre de choses sur un de mes produits. D’un point de vue professionnel, c’est embarrassant. Le pire c’est que le consommateur pense que c’est l’auteur lui-même qui tient ce discours ridicule et une fois que c’est sorti, plus moyen de corriger…

 

Il y a aussi un bon paquet de mecs insupportables sur ce marché, qui ne pourraient pas trouver une pièce assez grande pour s’y caser avec leur égo, mais ils ne trompent personne à part eux-mêmes.

 

Je hais ces querelles, ces insultes, ces guerres de forums et toutes ces bassesses qui deviennent si répandues. Tout le monde devrait juste fermer sa gueule et s’entraîner de la façon qui lui plait. Il n’est absolument pas nécessaire de valider ce que tu fais en essayent de démolir ce qu’un autre fait. Il y a de la place pour tout le monde… Ceux dont les capacités et le curriculum sonnent creux seront découverts bien assez tôt. D’après moi, si tu penses que t’es le mec le plus balèze du coin, ça prouve juste que tu n’es pas sorti beaucoup.

 

Honnêtement, je ne bave jamais sur personne. En réalité, je me fous de ce que font les autres et en plus, je pense que chacun a le droit d’avoir son opinion. Je fais ce que je fais, d’autres instructeurs font la même chose. Tous ceux qui disent que leur façon de faire est la seule valable, n’ont visiblement pas compris que tout le monde bouge différemment car tout le monde dispose d’attributs différents, ce qui nécessite des techniques différentes pour des personnes différentes.

 

Whew !

 

S : Apparemment, Bob Kasper a eu une grande influence sur ta vie professionnelle à travers l’association Gung-Ho Chuan, ainsi qu’à travers son enseignement au close-combat.

 

KMC :En fait, ça s’est passé de la façon inverse. La vie professionnelle de Bob a été influencée par notre association. Ca lui a permis de faire des choses et d’aller dans des endroits qui ne lui étaient pas accessibles auparavant, ce qui à mené à son changement de vie professionnelle sur la fin de sa vie. Bob était un ami proche qui m’était très cher.

 

S : Est-ce que tu pourrais nous en dire un peu plus sur le GHCA (Gung-Ho Chan Association) ?

 

KMC :La plupart des gens ne comprennent pas ce qu’était le GHCA. Le GHCA était en fait une réunion de différents « chapitres »(2) ; à la base, il y avait PDM (Virginie), PCT (New-Jersey) et American Combatives (New-York). PDM est arrivée dans le GHCA après que j’aie lu une publicité de Bob dans « Black Belt Magazine ».


S : Pratiquement, comment est-ce que ça se passait ?

 

KMC :On ne partageait pas un répertoire technique « unifié », mais on partageait le même état d’esprit et la même éthique. Bob Kasper et moi-même avions des divergences sur les combatives, et c’était OK. Deux fois par an, on se retrouvait tous pour échanger les techniques des différents chapitres. C’était du sérieux, sans fioritures. Par la suite, il y a eu beaucoup de conjectures foireuses émises par des personnes qui n’étaient même pas présentes à l’époque.

 

On s’est tous influencés l’un, l’autre. Certaines choses qui apparaissent dans la série « Combatives 1,2,3 » son directement inspirées du travail de John Kary (la frappe « en cuillère » vers les génitales, que John avait piquée à John McSweeney). Il y a plein d’exemples de ces influences croisées entre les différents chapitres.


S : Pourrais-tu nous décrire la présence de l’héritage de Bob Kasper dans ton enseignement et dans ton travail au couteau ?

 

KMC :Au début des années 80, avant même que j’entende parler du GHCA, j’instruisais déjà un curriculum de combat au couteau dans le corps des Marines à Okinawa. Ce curriculum est représenté dans le DVD « Knife Kembativ ». C’est ce que j’enseigne et je pense que ce curriculum est toujours valable à l’heure actuelle; quelque chose de strictement utilitaire et rien de plus.

Quand je faisais encore partie du GHCA, je m’en remettais à Bob pour le curriculum au couteau, par respect pour son implication dans ce domaine, comme il s’en remettait à moi en pour ce qui est des tactiques avec bâton et armes à feu. Nous avons aussi, tous les deux, incorporé certaines des techniques de John Kary, par respect pour son travail sur les véritables techniques à main nues utilisées pendant la seconde guerre mondiale.

 

John Kary n’a jamais entrainé Bob, Bob ne m’a jamais entrainé et je n’ai jamais entrainé aucun d’entre eux. Nous avons simplement coexisté en partageant le même penchant pour les entrainements durs et le style de vie « combatives », tout en nous influençant l’un l’autre ainsi que nos chapitres respectifs. C’était un moment génial où personne ne cherchait à tirer la couverture à soi. C’était aussi un instantané, la représentation d’un moment qui ne se présentera plus.

 

S : Ressens-tu encore aujourd’hui l’influence de personnages comme Charles Nelson, Bradley Steiner, John Kary ou Carl Cestari dans l’œuvre de ton ami Bob Kasper ? Est-ce que tu ressens ces influences également dans ton travail ?

 

KMC : Bien sur, même si certaines personnes aiment laisser croire qu’ils ont créé ceci ou cela, il est impossible de ne pas avoir été influencé par les gens que tu as connu, les expériences que tu as eu, les endroits ou tu es allé. Personne ne se développe dans une bulle. Tous les instructeurs que tu cites sont d’une grande valeur à travers ce qu’ils disent, les techniques dans lesquelles ils croient, leur façon de les enseigner, etc…

Comme je le dis dans le bouquin : Plus tu sais de choses, plus tu réalises que tu en sais très peu.

 

Quand on met son bagage de côté pour une minute et qu’on considère les choses raisonnablement et objectivement, il y a toujours quelque chose à apprendre. Même si ce que tu as apprends, c’est juste une technique qui ne te convient pas personnellement.

 

En Irak

S : Tu sais parfaitement qu’en Europe les armes à feu sont le plus souvent inaccessibles aux civils. Penses-tu qu’un programme de self-défense sérieux pourrait faire l’impasse sur l’usage des armes et rester strictement « mains nues » ? Ou est-ce complètement impensable dans un monde moderne où l’on doit tenir compte de l’évolution de la délinquance ?

 

KMC : Non, mais comme je le disais plus haut la majeure partie du programme devrait porter sur les premiers moments de toute attaque potentielle, comment en saisir la mise en place et comment l’éviter. Quand des armes sont présentes, ou même POURRAIENT être présentes, il est nécessaire d’avoir de compétences plus poussées, et même de cette façon, il n’y a aucune garantie que tu parviendras à te défendre. Aucune technique ne vous donnera de garantie de succès… jamais.

Les attaques de rue sont une alchimie dingue de chance, de risque, de compétence, de vitesse, de volonté et de persévérance. Il s’agit TOUJOURS d’un pari et il est naïf de penser le contraire.

 

On aimerait pouvoir se dire qu’au final, c’est « l’homme et pas la technique », celui qui s’est forgé à travers un entrainement dur et régulier, triomphera. Malheureusement, c’est un conte dé fée. C’est évidemment un facteur, mais ce n’est jamais LE facteur décisif, juste un parmi tant d’autres. Rien que pour cette raison, le temps passé à apprendre à éviter le combat est aussi précieux que celui passer à s’entrainer au combat.

 

S : Très souvent dans les documents que tu publies, tu marches (comme une bonne partie d’entre nous) sur le fil du rasoir. Tu soulignes l’obligation de suivre les lois locales, mais en même temps, tu donnes des indices clairs quant à la nécessité de, parfois, faire un pas en dehors de ces dernières en situation de crise. Comment mets-tu tout cela en pratique ?

 

KMC : Un criminel, par définition, ne respecte pas la loi. Quand la situation est tendue, tu te mets toi-même en désavantage si tu te poses des limites trop strictes. Dans la plupart des endroits où j’ai été, la loi reconnait le droit à la légitime défense. Si tu te retrouves dans une situation où c’est « ici et maintenant », alors tu as le droit de faire tout ce qui est nécessaire pour te défendre.

 

Il y a toujours une chance (encore ce mot) pour que tu ais mal « lu » la situation : on peut toujours se dire que l’agresseur n’allait pas (ou allait) faire ceci ou cela. C’est tout simplement impossible de savoir avec certitude. Mais si tu es quelqu’un qui évite les conflits et que tu te retrouves quand même dans ce genre de situation, il y a de fortes chances pour que tu ais raison d’agir. L’usage de la force est une décision personnelle, que chacun doit prendre sous la pression, au plus mauvais moment possible. Ca ne change rien au fait que tu devras prendre cette décision sur la base d’informations partielles, et personne ne pourra te dire si c’est ou non la bonne décision, car personne ne sera avec toi à ce moment là.


S : Existe-t-il une façon « politiquement correcte » de s’entrainer à réagir à ce genre de situation ?

 

KMC :Bien sûr, « COURS !! »… LOL

 

S : C’est donc une utopie ?

 

KMC :Hier soir, dans la ville où j’habite, trois ados ont choppé un clochard qui dormait sous un pont. Ils l’ont aspergé d’essence et y ont foutu le feu. Avec des types comme ça dans le monde, il n’y a de place pour aucune utopie, d’aucune sorte.

 

S : En sachant ce que tu sais maintenant, si tu avais la possibilité de tout recommencer, que changerais-tu dans ton entrainement, ton enseignement et tes choix en général dans le domaine de la protection personnelle ?

 

KMC :Mon père nous regardait nous entraîner, il y a quelques années. Pendant une pause, il est venu vers moi et m’a dit : « Hé bien, vous avez développé tout ça bien plus loin que nous avions l’habitude de faire ». Je lui ai dit « Peut-être, c’est sur que j’aurais aimé avoir ce niveau de compétence quand j’étais plus jeune ». Il m’a répondu « Moi pas. Parce qu’un jour ou l’autre, une de ces bagarres dans lesquelles tu te fourrais toujours ce serait fini tragiquement, et tu te serais retrouvé assis sur ton cul, au fond une cellule ».

 

Ce qu’il voulait dire, apparemment, c’est que le niveau de compétence que l’on acquiert dans les Combatives doit aller de paire avec un niveau proportionnel de jugement et de maturité.


Non, je ne voudrais rien changer, je pense que chez moi le niveau de compétence et de maturité ont convergés pile au bon moment.

 

S : Il est clair que tu es un grand connaisseur de la scène mondiale de la protection personnelle, et que tu dois lire pas mal de publications et voir pas mal de DVD’s

 

KMC :Bien moins qu’on ne pourrait le croire.

 

S : Selon tes standards, quels sont les quelques instructeurs que tu recommanderais sans hésiter ?

 

KMC :Je ne voudrais offenser personne en l’oubliant ; je ne suis pas le buisson ardent des Combatives ! LOL ! Alors je vais aborder ta question sous un autre angle : Mon père m’a dit une fois « Si tu te retrouves face à un type qui prétend pouvoir t’apprendre quelque chose, pose toi cette question : « Si je décide de bousculer un peu ce type, est-ce qu’il saurait comment réagir ? » Si la réponse est objectivement et honnêtement « Non », alors il n’y a probablement aucune raison de chercher plus loin. Inversement, si tu souris légèrement et que tu te dis « Je ne sais pas… mais ce serait surement un beau combat » tu aurais peut-être intérêt à rester avec lui un peu plus longtemps »

 

Dans notre monde basé sur internet, il n’existe plus un seul instructeur qui ne soit pas représenté sur la toile. Alors sautez sur les autoroutes de l’information, cherchez les articles écrits par un instructeur, des revues écrites par des personnes qui ont participé à ses séminaires, des vidéos de lui en mouvement, et faites votre propre choix raisonné. Si ce que vous entendez vous semble engageant, dynamique, efficace et surtout vous donne envie de bouger de la même façon que lui ou elle, il y a de fortes chances pour que vous ne soyez pas déçus.

 

R : Kelly, merci pour ta franchise et, surtout, pour avoir pris le temps de répondre aussi gentiment à notre demande d’interview.

 

KMC :Merci à vous, Rico et Serge, de vous intéresser d’aussi près à mon travail et de m’avoir posé ces quelques questions.

 

Bonne continuation,

 

 

Kelly McCann.

 

Kelly McCann, 51 ans... toujours la pêche

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